Pas de bilan. Pas de résolutions. Juste continuer.

Chaque début d’année appelle son lot de rétrospectives, de listes bien rangées, de « leçons apprises » et d’objectifs à atteindre. Dans l’économie sociale et solidaire comme ailleurs, on nous invite souvent à mesurer, évaluer, optimiser, projeter. À faire le point. À prouver que l’on avance.

Cette année, à L’ESS Inspirantes, nous n’en avons pas vraiment envie.

 

Regarder derrière soi… ou pas

Bien sûr, 2025 a été pleine de choses. De projets menés parfois tambour battant, parfois à pas feutrés. De rencontres, de discussions profondes autour de tables trop petites ou en visio un peu bancales. D’accompagnements joyeux, exigeants, parfois inconfortables aussi. De questionnements sur la gouvernance, le pouvoir, la place de chacune et chacun, le sens du travail, les cadres qui protègent et ceux qui enferment.

Nous pourrions rouvrir nos agendas, nos dossiers partagés, nos comptes rendus d’ateliers. Nous pourrions lister ce qui a fonctionné, ce qui a coincé, ce qui n’a pas abouti, ce que nous aurions aimé faire autrement. Nous le faisons d’ailleurs souvent, par touches, au fil de l’eau. Faire le point fait partie de nos pratiques.

Mais transformer cela en bilan annuel bien ficelé, avec conclusions claires et perspectives bien alignées, nous semble cette fois un peu à côté.

Parce qu’il devient difficile de regarder une année de travail sans regarder l’année du monde. Et que le monde, disons-le franchement, ne se prête pas facilement aux synthèses rassurantes.

Refuser l’injonction à l’optimisation

Nous voyons aussi passer des appels à la transparence totale : raconter nos échecs, nos ratés, nos renoncements, nos fatigues. L’intention est souvent sincère, et parfois salutaire. Mais à force de tout passer au crible, le risque est là : transformer même la fragilité en performance, même le doute en indicateur.

Nous avons essayé, nous aussi, de faire la liste de ce qui n’a pas marché. Et comme souvent, l’exercice ne nous a pas rendues plus lucides ou plus fortes, mais juste plus sévères avec nous-mêmes.

Alors cette année, nous faisons un autre choix : ne pas entrer en 2026 avec des résolutions culpabilisantes, des objectifs à cocher ou une volonté de nous optimiser davantage.

Dans l’ESS, nous parlons beaucoup de transformation. Mais nous croyons de plus en plus que transformer ne veut pas dire accélérer, ni maîtriser, ni arriver quelque part.

Être en mouvement, ensemble

Ce qui nous guide, et que 2025 a continué de confirmer, c’est autre chose : l’idée que nous sommes — individus, collectifs, organisations — en mouvement permanent. En apprentissage. En recomposition. Avec des certitudes provisoires, des essais, des erreurs, des déplacements lents et parfois invisibles.

C’est d’ailleurs ce que nous défendons dans nos accompagnements :

  • accepter de ne pas avoir toutes les réponses,

  • faire place aux tensions plutôt que les lisser,

  • reconnaître les rapports de pouvoir pour mieux les travailler,

  • considérer le désaccord comme une ressource,

  • et remettre les personnes, leurs vécus et leurs capacités d’agir au cœur des projets.

Renoncer au fantasme de la solution parfaite, du modèle duplicable, du collectif enfin « arrivé ». Et préférer une posture plus humble, plus politique aussi : celle du chemin.

Ce que nous pouvons souhaiter pour 2026

Plutôt que des résolutions, voilà ce que nous souhaitons — pour nous, et pour celles et ceux avec qui nous travaillons :

  • du temps pour penser et faire autrement, malgré les contraintes,

  • des espaces où l’on peut douter sans se disqualifier,

  • des coopérations sincères plutôt que performatives,

  • moins d’injonctions à la productivité, plus de soin porté aux personnes,

  • et la possibilité, collective, de se foutre un peu la paix tout en continuant à agir.

Continuer, simplement

Pas de grand virage affiché pour 2026. Pas de feuille de route héroïque. Juste l’envie de continuer à accompagner, à questionner, à ouvrir des espaces de réflexion et d’action dans une économie sociale et solidaire que nous voulons féministe, coopérative et émancipatrice.

Merci à toutes les personnes, associations, collectifs et organisations qui cheminent avec nous. Votre confiance, vos désaccords, vos engagements nourrissent ce mouvement commun.

 On glisse d’une année à l’autre, ensemble. Et ça nous va bien.

 https://lessinspirantes.org/

#ESS #IntelligenceCollective #Gouvernance #PouvoirDAgir #Féminisme #Coopération

Marie