Le 14 novembre dernier, L’ESS Inspirantes a organisé sa première conférence !  Un beau succès avec près de 70 personnes venues aux Canaux rencontrer ces personnalités inspirantes.

Soutenu par Les Canaux, nous avons eu l’envie de proposer un temps d’échanges et de réflexion collective sur l’Economie sociale et solidaire (ESS) autour de la quête de sens. Étudiants, entrepreneurs, salariés, demandeurs d’emplois : ils sont des milliers à faire le choix des « valeurs » pour leur activité professionnelle. Cet engouement pour l’ESS traduit souvent l’envie d’un boulot plus respectueux de l’environnement, un management plus humain, des objectifs liés à un impact sociétal fort. L’ESS est devenue le nouvel Eldorado de la quête de sens. Mais tient-elle vraiment cette promesse ?

Claire Thoury, déléguée générale d’Animafac, Cécile de Calan, psychologue et sociologue spécialisée en Ressources humaines, Elisa Braley, présidente de la commission Egalité femmes/hommes au Conseil supérieur de l’ESS, et enfin Yéza Lucas, consultante en communication digitale et personnal branding nous ont rejoint à la tribune pour nous aider à enquêter sur cette question. Anna Lentzner, illustratice, a réalisé la facilitation graphique de la conférence. 

La quête de sens dans le travail, un phénomène nouveau

A travers le prisme des médias, des conférences, des discussions, des rapports institutionnels… le questionnement sur la place du travail dans notre vie – et en particulier d’un travail qui aurait du sens – n’a jamais semblé autant d’actualité.
Quelle est la première question posée à une personne que l’on vient juste de rencontrer ? « Que fais-tu dans la vie ? » Sous entendant ainsi que l’on se définit avant tout par sa profession, véritable pilier de notre identité. Cela laisse de côté toutes les activités bénévoles, militantes, les passions que cultivent chacun. D’après une enquête  sur la place du travail dans nos vies, la France occupe une position singulière : elle se distingue des autres pays par une proportion plus importante d’habitants – de l’ordre de 70 % – pour lesquels le travail est « très important ». Paradoxalement, ce sont également les français qui déclarent le plus souffrir au travail. Par exemple, 52 % des salariés français estiment que leur relation avec la direction est « bonne », alors que cette proportion atteint plus de 60 % dans tous les autres pays de l’UE et près de 80 % en Allemagne, en Irlande et au Portugal.

Mais l’ESS dans tout ça, est-ce vraiment si différent ?

L’ESS se définit comme un secteur porteur de valeurs. Le Conseil Supérieur de l’ESS a défini les bonnes pratiques des entreprises du domaine selon l’article 3 de la loi ESS. Voici les items sur lesquels les structures doivent se questionner :

  • les modalités effectives de gouvernance démocratique,
  • la concertation dans l’élaboration de la stratégie de l’entreprise,
  • la territorialisation de l’activité économique et des emplois,
  • la politique salariale et l’exemplarité sociale, la formation professionnelle, les négociations annuelles obligatoires, la santé et la sécurité au travail, la qualité des emplois,
  • les liens avec les usagers et la réponse aux besoins non couverts des populations,
  • la situation de l’entreprise en matière de diversité, de lutte contre les discriminations et d’égalité réelle entre les femmes et les hommes en matière d’égalité professionnelle et de présence dans les instances dirigeantes élues.

Focus sur l’égalité entre les femmes et les hommes

Le secteur de l’ESS, porteur de valeur et de transformation sociale, demeure touché comme les autres secteurs par les inégalités de genre. En effet, comme le souligne le rapport du Conseil supérieur de l’ESS publié en 2017 les femmes représentent 67 % des salariées mais elles occupent majoritairement des postes à faibles qualifications, peu valorisés et moins payés. L’accès aux postes à responsabilité et aux instances de gouvernance leur demeure difficile.

Elisa Braley, présidente de la commission Egalité femmes/hommes au Conseil supérieur de l’ESS et également membre du collectif femmeESS a rappelé lors de la conférence l’importance de ce combat. Le sujet doit être visible et chaque acteur doit se l’approprier pour faire changer les organisations en interne.

Liste (non exhaustive) des petits travers de l’emploi dans l’ESS

Nos expertes ont largement insisté sur les pièges dans lesquels il est important de ne pas tomber. Même si on a l’impression d’avoir trouvé « le boulot de ses rêves », rien n’est encore acquis. On demande parfois aux salariés d’être des véritables couteaux suisses (animation de réseau, recherche de financement, gestion des réseaux sociaux…) une polyvalence qui peut être parfois  déroutante. De nombreux retours d’expériences expriment que le « travail passion » entraîne souvent une implication plus forte, des limites difficiles à poser, des horaires plus importants… Les salariés se laissent embarquer au détriment d’engagements extra professionnels, militants, bénévoles, familiaux. Une articulation des temps entre vie professionnelle et personnelle pas toujours aisée à trouver.

Dans le cas d’une reconversion, il arrive que les conditions de travail entraînent également  une désillusion : mauvaise organisation du fait de structures souvent petites, horaires décalés liés à la présence de bénévoles, manque de possibilité d’évolution de salaire ou bien de métier. On note également un turn-over important et de nombreux emplois précaires qui ne compensent pas forcément un travail avec du sens.

Quelques conseils pour poursuivre sa quête !

Finalement comment s’y prendre ? Comment faire en sorte que cette quête de sens ne soit ni tortueuse ni précaire ni trop anxiogène ?

Les intervenantes se sont toutes accordées pour conseiller une mise en action plutôt qu’une réflexion trop longue et chronophage. Rencontrer des gens, assister à des conférence, lire des livres et des articles sur la thématique… bref ne pas rester dans son coin, demeurer positif et curieux !

Marie Laroche et Lucie Groussin pour L’ESS Inspirantes

Dessin en direct : Anna Lenzer, l’heure de la sieste

 

/// Quelques chiffres pour faire le point

L’ESS emploie 2,4 millions de salariés en France, soit 12,8% de l’emploi privé, selon un bilan publié par « Recherches et solidarités » en juin 2017 . Les effectifs les plus importants évoluent dans le milieu associatif à hauteur de 77%. Et ces chiffres sont en progression ; montrant ainsi l’évolution de ce secteur.

Du côté des salaires, il ne faut pas aujourd’hui espérer gagner autant que dans le privé. D’après l’étude sur l’emploi des jeunes de la Chambre française de l’ESS, le salaire moyen perçu par les moins de 30 ans dans l’ESS est de 1 805€ brut mensuel contre 1 983€ dans le privé et 1 858€ dans le public. Si le premier salaire est souvent équivalent, les écarts se creusent pour la tranche d’âge des 25-29 ans où le privé classique dépasse largement l’ESS et le public. Mais derrière ces moyennes se cachent des réalités très différentes selon les métiers, les secteurs d’activité et les types de structures. Le salaire mensuel brut moyen est, par exemple, plus faible dans les associations (1 695€) que dans les coopératives (2 158€), les mutuelles (2 120€) et les fondations (1 998€).

Ces salaires plus faibles sont également souvent liés à des contrats plus précaires. Certains métiers de l’ESS, notamment dans l’animation et l’éducation, connaissent beaucoup de turn over. Globalement, les salariés de moins de 30 ans occupent moins de contrats en CDI dans l’ESS que dans le privé hors ESS. Cela dit, dans l’ESS comme dans le reste du privé, les jeunes salariés sont surreprésentés dans les contrats plus « précaires » (CDD, autres contrats)